• Ingrédients du récit

    1 – Les instances du dispositif narratif

    Auteur > Personne réelle qui a écrit et signé le roman.

    Narrateur > « Voix » qui prend en charge le récit. Face à un récit, il faut toujours se demander : qui raconte ? Deux cas de figure :

     1)   Le narrateur est extérieur à l'histoire et n’intervient jamais comme personnage (mais il peut faire ici et là quelques commentaires) > absence de JE.

     2)   Le narrateur est en même temps un des personnages de l’histoire, on dira qu'il est interne au récit, plus ou moins impliqué dans l’intrigue principale > JE héros, acteur secondaire ou simple témoin.

    Personnage > Construction littéraire fictive, mais réaliste, qui donne l’illusion d’être réelle, et qui joue un rôle dramatique dans l’histoire racontée.

    >>> La relation entre le romancier et ses personnages sont complexes : il s’inspire bien souvent de sa propre vie, de ses rencontres ; il peut chercher à incarner dans ses personnages certains aspects de lui-même, réels ou rêvés. Il est cependant maladroit de superposer exactement un personnage à l’écrivain (sauf dans le cas de l’autobiographie, et encore…) : le personnage est toujours une construction faite de mots, un « être de papier ».

     

    2 – La focalisation (ou point de vue)

    On s’interroge sur la focalisation choisie dans les récits à la 3è personne. Le point de vue est l’emplacement, l'optique du narrateur par rapport à ses personnages et par rapport à ce qu'il raconte ; comme au cinéma, il peut choisir une perspective différente ce qui permettra de créer différents effets. 

    point de vue

    (ou focalisation) interne 

    point de vue omniscient 

     (ou focalisation zéro)  

    point de vue

    (ou focalisation) externe 

    Le récit et la description passent par le regard d'un personnage. Ce qui est évoqué passe donc à travers ses perceptions, ses émotions, ses pensées que le lecteur partage. Le personnage est vu "de l'intérieur". Cette technique favorise l’identification du lecteur au personnage.   C'est le point de vue de l'auteur qui sait tout de ses personnages et qui voit tout ; il insère donc dans son récit des informations concernant le passé des personnages, leurs pensées. Le lecteur partage ce savoir et maîtrise avec l'auteur toutes les données du récit.  

    Les événements, les lieux, les personnages sont vus de l'extérieur. Les faits sont enregistrés de façon objective et neutre, sans information supplémentaire.

    Ex : Fabrice s'aperçut que de cette grande hauteur, son regard plongeait sur les jardins, et même sur la cour intérieure du château de son père. Il l'avait oublié. L'idée de ce père arrivant aux bornes de la vie changeait tous ses sentiments.   Stendhal  Ex : Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n'en était pas moins violente, et il n'en donnait pas des témoignages moins éclatants.   Mme de La Fayette  Ex : Et la lourde machine se mit en route. Elle descendit la rue Grand-Pont, traversa la place des Arts, le quai Napoléon, le Pont Neuf et s'arrêta court devant la statue de Pierre Corneille. "Continuez! fit une voix qui sortait de l'intérieur."   Flaubert 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    >>> Attention, le plus souvent les points de vue alternent dans un texte ; dans un roman où le point de vue est omniscient, une scène peut être racontée selon un point de vue interne par exemple; le point de vue interne peut lui-même glisser d'un personnage à un autre.

     

    Indices textuels à etudier

    -      verbes de perception et de pensée

    -      nature des informations fournies

    -      indications spatio-temporelles

     

    3 – Les différents types de textes

      Le Récit (ou la Narration) La Description   Le Discours narratif 
    Définition 

    Histoire d'événements (réels ou imaginaires). Le récit est la représentation de ce qui se déroule dans le temps :  événements, actions, transformations.

    Peinture du contexte visuel, auditif, sensoriel du récit en cours = représentation des éléments qui se situent dans l’espace : un lieu, un objet, un visage. 

    Prise de parole directe du narrateur (jugements, réserves, commentaires, explications…) ; il s’adresse, explicitement ou non, au lecteur.  

    Indices

     

    Indications temporelles de date, de durée, de succession, etc… permettant de comprendre l’ordre et la logique des événements  Indications spatiales permettant de se représenter, par l’imagination, les éléments décrits les uns par rapport aux autres  Présent d’énonciation, surgissement éventuel de la 1ère pers. (+ éventuellement de la 2è), modalités ( ? ou ! ) 
    Lexique  Nombreux groupes verbaux et verbes d’action   Lexique des sensations, nombreux caractérisants (adjectifs, prop. relatives…), verbes d’état  Marques de subjectivité, de jugement, vocabulaire appréciatif…  
    Temps verbaux  Passé simple pour les récits au passé ou présent de narration   Imparfait dans les récits au passé  Présent d'énonciation se référant au moment où le narrateur raconte  
    Syntaxe  Phrases le plus souvent courtes, qui épousent la succession des faits   Phrase amples, développées, de façon à préciser au maximum la description   Syntaxe proche de l'oral (modalités interrogative et exclamative)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      

    4 – Le déroulement de l’action

    L’analyse des étapes de l’action permet de cerner la nature exacte du conflit, la trame dramatique du récit.

    L’état initial > situation d’équilibre fondé sur un rapport de force stable entre les personnages, absence de tension.

    L’élément perturbateur > intervention d’un tiers, déséquilibre accidentel, formation d’un projet...

    Les péripéties ou obstacles > événements, personnages, décisions, conflits qui orientent l’action (la favorisant ou la contrariant).

    Le dénouement > force qui vient régler les tensions, résoudre les conflits.

    L’état final > nouvelle situation d’équilibre.

    Indices textuels à etudier

    -  découpage en paragraphes

    expressions temporelles

     

    5 – Le traitement du temps

    Dans le récit il faut distinguer le temps de l’histoire (= temps des événements racontés, TH) du temps de la narration (= temps dans lequel se situe le narrateur pour raconter ces événements, TN). Les décalages entre ces 2 temporalités doivent être minutieusement étudiés : ils orientent le sens du récit.

    a) La chronologie 

     - ordre chronologique respecté

    - analepses (retours en arrière, ou « flash-backs »)

    - prolepses (anticipation de ce qui va suivre)

     

    b) Rythme et durée

    TN=TH 

    TH=0 

    TN>TH 

     

    TN=0

     

    TN<TH  

    - la scène : on croit suivre les événements « en temps réel » (comme au théâtre) 

    - la pause : le récit s'interrompt (pour une description, un commentaire…)

    - le ralenti : récit très dilaté d’un épisode normalement assez bref (ex : un baiser, un accident) 

    - l’ellipse : la narration passe sous silence un certain laps de temps (ex : « Trois ans plus tard… ») 

    - le sommaire : le récit condense, résume en quelques lignes un laps de temps

    long et chargé en événements (ex : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants »)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    c)  Le jeu sur les temps verbaux

    Les temps habituels du récit sont :

    1-   l’imparfait = temps de la description ou d’arrière-plan, parce qu’il fait sentir une durée dans le passé / le passé simple = temps de l’action ou de premier plan, parce qu’il fait sentir la brièveté et l‘incidence d’un événement.

    2- Pour les récits « sur le vif » (journal intime, témoignage) c’est évidemment le présent qui domine.

     

    A partir de cette « règle », il va falloir être attentif à toutes les formes verbales inattendues, et en commenter les effets :

     > choix d’un imparfait  pour une action brève / d’un passé simple pour une action durable

    passage de récit au présent = présent de narration, qui donne l’impression que les événements se déroulent « sous nos yeux » et rend le récit plus vivant

    présent d’énonciation (paroles rapportées de personnages ou commentaires du narrateur)

    conditionnel qui permet de conduire un récit fictif (ce qui pourrait avoir lieu ou ce qui aurait dû avoir lieu)

    futur qui indique les prolepses / plus-que-parfait pour les analepses