• Récit ou discours ?

     

    Récit et discours sont les deux catégories fondamentales d'énoncés. Les productions littéraires relèvent soit de l'une, soit de l'autre ; selon les cas, les outils de communication et d'expressivité ne sont pas du tout les mêmes.

    > Dans le discours, l'émetteur s'adresse directement à un destinataire (lecteur, auditoire, autre personnage...) en référence à une situation d'énonciation (par exemple un écrivain rédige un essai pour des lecteurs contemporains, deux personnages dialoguent sur scène, un poète dit sa plainte...) ;

    > avec le récit, émetteur et destinataire s'effacent derrière la reconstitution d'un espace-temps fictif. Cet univers est représenté au moyen de la narration et de la description. C'est le cas dans le roman, le conte, la fable, certaines poésies...

     

      RECIT DISCOURS
    Définition Le récit est une histoire, celle d'événements vraisemblables ou imaginaires. L'auteur s’efface derrière ce qu’il raconte et ne cherche généralement pas à faire apparaître un destinataire.   Le discours apparaît dès que l’émetteur s’exprime directement, s’affirme comme présent et cherche à entrer en communication avec le récepteur (celui qui écoute ou lit). Il y a discours dès qu’il y a dialogue, commentaire, explication, argumentation. 
    Genres littéraires

    Le récit est la forme dominante du roman, de la nouvelle, des autobiographies, témoignages, mémoires, des contes, fables...

    Le discours est le cadre des essais, du théâtre, des articles de presse, des modes d'emploi, de beaucoup de poésies....
    Temps verbaux habituels

    Les temps du passé dominent (imparfait et passé simple), car on raconte le plus souvent après coup. Cela dit on trouve de nombreux récits au présent de narration.

    Le temps dominant est le présent qui correspond au moment où on s'exprime, que ce soit à l'écrit ou à l'oral : c'est le présent d'énonciation. 
    Pronoms personnels dominants

    La 3è personne domine ; on l’appelle le pronom de l’absence (c’est celui / celle qui n'est pas là). On peut cependant rencontrer le « je » dans les récits autobiographiques (de l'anecdote personnelle aux mémoires). 

    La 1re et la 2è personnes traduisent la présence de l'émetteur (celui qui parle) et du récepteur (celui à qui il s’adresse directement).  Ces personnes peuvent cependant s'effacer dans des énoncés de vérité générale.
    Indications de lieu et de temps Le repérage se fait par rapport aux événements entre eux. Exemple : on trouvera « aussitôt » et non « dès maintenant »; « six pas plus loin » et non « à six pas d'ici ».  Le repérage se fait par rapport au présent de l'énonciateur et au lieu qu'il occupe (tout est situé par rapport à l'« ici » et un « maintenant » du discours). 
    Marques de subjectivité Ces révélateurs sont absents, dans la mesure où l'émetteur s'efface.   Ces révélateurs sont présents : l'auteur prend position quant à la vérité / fausseté, certitude / incertitude de ce qu'il dit. 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      !   Attention : ces catégories ne sont par hermétiques. Ainsi, le roman relève du récit, mais on peut rencontrer des commentaires du narrateur, des adresses explicites ou voilées à son lecteur ; inversement, le discours est bien le point de départ de l'essai, mais celui-ci peut intégrer des micro-récits, des anecdotes... Dans un article de presse, on voit alterner le récit des faits et les commentaires du journaliste.

     

    Jean de La Fontaine, Fables (1678)« Le Laboureur et ses enfants »

    Travaillez, prenez de la peine.

     C'est le fonds qui manque le moins.

    Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,

    Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.

    « Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage,

    Que nous ont laissé nos parents.

    Un trésor est caché dedans.

    Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage

    Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.

    Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût.

    Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place

    Où la main ne passe et repasse. »

    Le père mort, les fils vous retournent le champ,

    Deçà, delà, partout ; si bien qu'au bout de l'an

    Il en rapporta davantage.

    D'argent, point de caché. Mais le père fut sage

    De leur montrer, avant sa mort,

    Que le travail est un trésor.

    > Discours du fabuliste :

    impératif adressé au lecteur

    présent de vérité générale

    > Récit : passé simple

                   

    > Discours du père,

    rapporté au style direct : 

    guillemets + incise "dit-il"

    + présent d'énonciation

     

                  

     

    > Récit : présent de narration puis PS

      !   présence d'un "vous" qui place

    discrètement le lecteur en position

    de spectateur 

    > Discours du fabuliste : morale de la fable