• Stratégies de persuasion

    Les stratégies de l'argumentation

    On appelle stratégie argumentative (ou stratégie de persuasion) l'ensemble des choix effectués par l'auteur pour exposer son point de vue et emporter l'adhésion du destinataire. On distingue deux grands cas de figure : 

     

    1) L'argumentation directe

    L'émetteur passe par le discours, s'exprime en son propre nom (même si le "je" est absent), éventuellement s'adresse directement (au lecteur ou à l'auditoire, par des formes d'allocution : apostrophe, 2è personne). Le temps dominant est ici le présent d'énonciation et/ou de vérité générale.

     Selon sa forme ou ses objectifs, le discours argumentatif peut prendre des formes spécifiques : 

    → dialogue (confrontation de deux opinions) ou monologue (uniquement si le personnage est seul sur scène) 

     → plaidoyer (discours destiné à défendre qqun ou une cause) ou réquisitoire (discours d’accusation, d’attaque) 

     → éloge (discours célébrant les qualités) ou blâme (discours condamnant les défauts), qui peut aller jusqu’à la satire (discours destiné à ridiculiser un personnage ou un comportement).

     

    2) L'argumentation indirecte

    L'auteur passe par le récit et la fiction (fable, conte ou exemplum) ; ses critiques ou leçons sont alors implicites, à déduire, sauf dans certaines fables où la morale peut-être formulée explicitement (ex : "Rien ne sert de courir, Il faut partir à point"). 

    On rencontrera notamment :

    → la fable, récit fictif, court (c'est-à-dire comportant peu de personnages, une seule action, des descriptions très réduites) et plaisant (caricature, paroles rapportées), destiné à illustrer une leçon, un précepte moral.

     le conte philosophique : récit plus développé (mettant en jeu héros, quête, obstacles, adjuvants et opposants) qui propose de façon sous-jacente une réflexion critique sur des thèmes philosophiques (la morale, la religion, la politique…).       

     

    Les outils de la persuasion

     

    1) Le système énonciatif : choix des pronoms et degré d'implication dans le discours

    On rencontre des textes où l'énonciation est impersonnelle, type "il faut", "on doit", "la liberté, c'est..." -> cette technique crée un registre didactique ; elle va souvent de pair avec le déploiement d'un raisonnement logique ; elle donne force de loi ou l'aspect de vérités universelles aux thèses et aux arguments exposés. l'énonciation impersonnelle est souvent accompagnée du présent de vérité générale.

    > Inversement, certains auteurs s'impliquent fortement dans leur discours, en recourant aux pronoms du dialogue : la 1ère personne (JE ou NOUS) qui souvent entraîne la 2è (TU ou VOUS) -> cette technique est souvent accompagnée de nombreux verbes de croyance (penser, croire, défendre, condamner...) par lesquels l'auteur revendique ses convictions. Elle favorise l'expression des émotions, sollicite directement le lecteur et incite à se positionner. Le temps dominant est ici le présent d'énonciation.

     

    2) Le recours aux modalités 

    La modalité interrogative formule une demande, la modalité exclamative traduit une émotion : elles sont d’ordinaire plutôt réservées au discours direct, à des situations de dialogue. Lorsqu’elles interviennent dans un texte, elles apportent donc oralité et vivacité.

      > L’interrogation : 1) soit c'est une vraie question à laquelle l'auteur répond aussitôt -> elle a alors pour rôle de relancer le débat, elle lui donne une allure dynamique. 2) Soit c'est une fausse question, une affirmation déguisée (la réponse est connue) = interrogation oratoire (ou rhétorique) -> la forme interrogative oblige le lecteur à fournir quand même la réponse, elle a pour rôle de l'impliquer, elle l'incite à aller dans le sens de l'auteur.

      > L’exclamation traduit les émotions, donc l'implication très forte, du locuteur : colère, ferveur, étonnement, admiration... -> elle est puissant outil de persuasion puisqu'elle sollicite directement les sentiments du destinataire.

     

    3) L'utilisation des figures de style 

    Elles servent à donner plus de force et d'impact à l'argumentation, elles sont destinées à faire impression.

    > les métaphores et comparaisons introduisent des images dans le discours, elles le rendent donc plus visuel, plus concret.   Elles peuvent avoir ainsi pour rôle : 1) soit d’expliquer, d’illustrer une idée abstraite, difficile à comprendre ; 2) soit de faire impression sur le lecteur, de le surprendre, et d’emporter son adhésion par la séduction.

    > les hyperboles, les parallélismes, les accumulations et gradations (= figures d’insistance ou de répétition) permettent de mettre en valeur une idée particulièrement importante, tout en créant un rythme, une cadence qui va « hypnotiser » le lecteur, donc contribuer à le convaincre.

    > les antithèses permettent  souvent de mettre en valeur, de renforcer, de rendre plus spectaculaire l’opposition des thèses en présence. Elles contribuent donc à donner une tonalité plus polémique au texte.

     

    4) Le jeu sur les registres

    L'auteur ou l'orateur peut imprimer à son discours un registre appuyé :

    ♦ le registre polémique consiste à adopter un ton vif et agressif (du grec polemikos, la guerre), à exposer son point de vue de façon à susciter le débat. Cela passe notamment par :

    - des apostrophes directes et des prises à parti de l'interlocuteur ou de l'adversaire (ex : "Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive !" Diderot).

    - des exclamations et interrogations qui témoignent de la vigueur du ton (ex : "Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ?")

    - un vocabulaire dépréciatif, des images dévalorisantes, de façon à disqualifier la thèse et les arguments que l'on combat.

    ♦ le registre didactique consiste à prétendre faire la leçon à son interlocuteur (du grec didaktikos, instruire). Cela passe notamment par :

    - une énonciation impersonnelle, des présents de vérité générale, qui donnent force de loi aux idées avancées.

    - le recours fréquents à des formules ou sentences (ex : "Aucun homme n'a reçu le droit de commander aux autres" Diderot).

    - un effort de démonstration rigoureuse, marqué par de nombreux arguments et des liens logiques.

    ♦ les registres ironique et satirique consistent à dire le contraire de ce que l'on pense, par exemple feindre de banaliser ou d'admirer ce que l'on condamne. Ex : Ruy Blas - "Bon appétit ! messieurs ! Ô ministres intègres ! / Conseillers vertueux ! voilà votre façon / De sevir, serviteurs qui pillez la maison !" (Hugo). l'ironie, pour se signaler, passe par : 

    - des hyperboles et des répétitions excessives (ex : "Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées" Voltaire)

    - des simplifications caricaturales (ex : "On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir" Montesquieu)

     

    Voir aussi la fiche sur Magister, avec des exemples de textes.