• Tout sur les registres

     

    Le registre est défini par la volonté de produire sur le lecteur un certain effet : l'auteur veut faire rire, on a un texte comique ; il veut émouvoir, on a un texte pathétique ; il veut susciter le débat, on a un texte polémique, etc. Le registre est imprimé au moyen de certains procédés d'écriture ainsi que par certains thèmes. L'identification du registre permet une lecture plus juste du texte, une compréhension en profondeur de ses enjeux.

    Exemple de texte

    Registres

    Thèmes et Indices textuels

    Ils montaient, graves, menaçants, imperturbables ; dans les intervalles de la mousqueterie et de l'artillerie, on entendait ce piétinement colossal. (Hugo)

    épique

    > susciter l'admiration

    Le registre épique se rencontre dans les récits de combat mettant en scène les qualités surhumaines d'un héros, ou peignant la force exceptionnelle d'un mouvement (armées en marche, peuple en révolte, mer déchaînée...). Le registre épique correspond à la volonté d'impressionner par une évocation grandiose. Il repose sur des hyperboles et des superlatifs, des gradations, le lexique de la démesure.

    Phèdre : Déjà jusqu'à mon cœur le venin parvenu / Dans ce cœur expirant jette un froid inconnu ; / Déjà je ne vois plus qu’à travers un nuage / Et le ciel et l’époux que ma présence outrage. (Racine)

    tragique

    > susciter

    l'effroi

    Le tragique vient surtout de la situation du héros : victime de forces (divines, politiques, sociales, morales) qui le dépassent malgré sa résistance. Il est à la fois condamné, lucide et impuissant. Le tragique est produit par un vocabulaire de la fatalité, du désespoir et de la mort, l'expression de la contradiction (négations, antithèses, oppositions, chiasmes...)

    Je me jetai à ses pieds, je lui pris les mains, je les arrosai de mes larmes. Je lui rappelai tous les moments de bonheur que nous avions passés ensemble. Je lui offris de rester brigand pour lui plaire. (Mérimée)

    pathétique

    > susciter la compassion

    Un texte pathétique cherche à émouvoir jusqu'aux larmes par des situations et des discours empreints de souffrance, de passion et de nobles sentiments. On aura donc un vocabulaire de la douleur et de la pitié, un champ lexical des pleurs (larmes, sanglots...), un rythme brisé, beaucoup d’exclamations.

    Il pleure dans mon coeur / Comme il pleut sur la ville ; / Quelle est cette langueur / Qui pénètre mon coeur ? (Verlaine)

    lyrique

    > susciter une émotion esthétique

    Le registre lyrique repose sur l'exaltation mélodieuse de sentiments intimes (nostalgie, regret, tristesse, joie, amour...), et il provient de la poésie. On aura donc un champ lexical des sentiments, les modalités exclamatives et interrogatives, le plus souvent la 1ère personne (JE), mais aussi un travail sur le rythme et les sonorités. 

    Harpagon :  Au voleur ! Au voleur ! A l’assassin ! Justice, juste ciel !... (il se prend lui-même le bras) Rends-moi mon argent, coquin !... Ah ! c’est moi. (Molière)

    comique

    > susciter le rire

    Le comique peut provenir des situations (quiproquos, décalage, absurde), du caractère excessif d'un personnage, des gestes (grimaces) ou du langage (bégaiements, jeux de mots, paroles incohérentes...). Les principaux procédés comiques sont : l'exagération, la répétition, la déformation et l'allusion. 

    Ruy Blas : Bon appétit ! messieurs ! Ô ministres intègres ! / Conseillers vertueux ! voilà votre façon / De servir, serviteurs qui pillez la maison ! (Hugo)

    ironique / satirique

    > susciter la raillerie et la condamnation

    L’ironie relève du discours : c’est le fait de dire le contraire de ce que l’on pense ; on feint d’admirer, de prendre en considération ou de trouver normal ce que l'on condamne. Le registre ironique passe par des exagérations et des simplifications qui donnent accès à une lecture au 2d degré. Lorsque l'ironie se déploie au long d'un récit ou d'un portrait, on a une satire.

    Aux uns il escarbouillait la cervelle, aux autres rompait bras et jambes, aux autres démoulait les reins,  pochait les yeux, enfonçait les dents en la gueule.     (Rabelais)

    grotesque

    > susciter le rire

    Le grotesque est la parodie (= imitation comique) du style épique ; comme dans les textes épiques, il y a des héros censés accomplir des actions grandioses, mais les exagérations et les accumulations font sourire et tirent le texte vers l’absurde.

    Cibot, petit homme rabougri, devenu presque olivâtre à force de rester toujours assis, à la turque, sur une table élevée... gagnait à son métier environ quarante sous par jour. (Balzac)

    réaliste

    > ne susciter aucune émotion

    Un récit est réaliste lorsqu’il représente la réalité sans chercher à l’embellir ou à la déformer. Il est donc marqué par un vocabulaire de la réalité de tous les jours, renvoyant notamment aux thèmes de l'argent, de la misère, de la médiocrité.

    ...et je vis clairement que ce que j’avais pris pour de vaines peintures était la réalité ; car les prunelles de ces êtres encadrés remuaient, scintillaient, scintillaient singulièrement. (Gautier)

    fantastique

    > susciter l'angoisse

    Le registre fantastique n'est ni le merveilleux, ni la science-fiction ; il correspond au récit d'événements inexplicables, ce qui suscite la peur, voire la terreur, du narrateur. On a un cadre spatio-temporel inquiétant (nuit, brouillard, château...), ainsi qu'un vocabulaire de l'incertitude, de l'angoisse et de la frayeur, de nombreuses interrogations exprimant le doute.

    Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d'en jouir aussitôt qu'il jouit de la raison. (Diderot)

    didactique

    > enseigner

    Un texte est didactique quand l’auteur prétend instruire son interlocuteur, donner des leçons ou établir des vérités. On trouvera donc des marques d'autorité : formules impersonnelles ou impératifs, présent de vérité générale, logique démonstrative.

    Que faut-il donc penser de cette éducation barbare, qui charge un enfant de chaînes de toute espèce, pour lui préparer au loin je ne sais quel prétendu bonheur dont il est à croire qu’il ne jouira jamais ?  (Rousseau)

    polémique

    > susciter le débat

    Un texte est polémique lorsque l’auteur adopte un ton vif et agressif pour défendre ses idées ; il dénonce les opinions adverses ou devance les critiques. Le registre polémique repose donc sur la prise à parti d'un interlocuteur, des exclamations, des interrogations rhétoriques, des termes de jugement.